Entretenez vos amortisseurs


Votre corps dispose d’un système naturel d’amortissement, dont les parties importantes sont la colonne vertébrale et les membres inférieurs.
A l’inverse de ceux de votre véhicule, vos « amortisseurs » naturels ne peuvent pas être remplacés. Il est donc important d’en ménager l’usure en les entretenant régulièrement.

La colonne vertébrale possède un triple rôle: véritable pillier central du tronc, constitué de 7 vertèbres cervicales, 12 dorsales, 5 lombaires et le sacrum, c’est le mât qui nous soutient. Elle joue aussi un rôle protecteur de l’axe nerveux, le canal rachidien protège la moelle épinière. Enfin, elle possède une fonction de mobilité et d’amortissement par l’intermédiaire des courbures rachidiennes, des disques intervertébraux et des muscles qui haubanent le mât vertébral.

Les courbures vertébrales sont le fruit de l’ évolution de la race humaine. Le passage de la position quadrupède à la station hipède a impliqué le redressement, puis l’inversion de la courbure lombaire. Le bassin, lui aussi, a basculé : c’est la rétroversion.


Si la colonne apparait rectiligne lorsqu’elle est vue de face ou de dos, elle présente de profil quatre courbures. De bas en haut :

  • La courbure sacrée : c’ est le sacrum, qui ferme le bassin en arrière.
  • La lordose lombaire : c’ est le creux des reins, très variable selon les individus. La cambrure lombaire est la plus importante pour son rôle d’amortisseur du fait de ses grandes possibilités de déformation et d’absorption des chocs transmis au tronc.
  • La cyphose dorsale : c’est la partie médiane sur laquelle viennent se fixer les côtes, moins mobiles. Son rôle est tout aussi important, car cette portion de la colonne est la plus étendue (12 vertèbres).
  • La lordose cervicale située au niveau du cou : elle assure le « port » de tête, c’est-à-dire sa position, mais aussi sa préservation de l’onde d’un choc reçu ou transmis au tronc.

La présence des courbures rachidiennes augmente la résistance du rachis aux efforts de compression axiale ainsi qu’aux chocs transmis dans l’axe vertical. Les courbures absorbent une partie de l’énergie en se déformant, en se majorant. Elles agissent comme les châssis des voitures actuelles, sur lesquels sont prévus des zones déjà légèrement pliées, pré-déformées, dont le rôle est d’encaisser un choc éventuel pour préserver l’habitacle.


D’après I. A. Kapandji, docteur en physiologie articulaire vertébrale, on a pu démontrer que la résistance d’une colonne était proportionnelle au nombre de ses courbures. Ainsi, une colonne comportant une courbure est deux fois plus résistance qu’une colonne rectiligne. Avec deux courbures, elle présente une résistance cinq fois supérieure. Enfin, une colonne vertébrale dotée de trois courbures, ce qui est le cas chez l’homme, est dix fois plus résistance qu’une colonne rectiligne. On comprend donc l’intérêt d’entretenir la mobilité de la colonne vertébrale chez le coureur pour absorber les milliers de chocs successifs que représente la course. Ces courbures seront d’autant plus sollicitées que les chocs sont importants : course en terrain accidenté, en montagne, descente avec sauts.

La cohésion de la colonne est assurée par les muscles, les ligaments et le disque

L’entretien comprend deux parties bien distinctes : assouplir et muscler. Assouplir garantit de bonnes amplitudes permettant d »encaisser » un maximum de déformation. Muscler pour maintenir les pièces osseuses (les vertèbres), en assurer la cohésion, pour éviter de trop grandes déformations des courbures pouvant engendrer des dégâts. La cohésion de la colonne vertébrale est assurée par des muscles, des ligaments et le disque. Les muscles sont les seuls éléments que l’on peut entraîner, améliorer.

Les ligaments et le disque, quant à eux, ne peuvent qu’être entretenus. Les ligaments, très puissants, assurent une liaison extrêmement solide entre les vertèbres et donnent une grande résistance mécanique au rachis.

Le disque est un élément majeur de l’amortissement et c’ est celui qu’il faut le plus préserver. Les pathologies liées à sa détérioration sont fréquentes et peuvent être lourdes. La plus connue, dans son stade ultime, est la hernie discale qu’il va falloir opérer.
Le disque vertébral est formé de deux parties :

  • Une partie centrale, le nucleus pulposus : c’est le noyau. Constitué d’une gelée transparente contenant 88% d’eau, il est donc déformable, mais très peu compressible.
  • Une partie périphérique : l’anneau fibreux constitué de multiples couches croisées, véritablement tissées, permettant d’importantes déformations.

Ce disque, cet amortisseur, comme ceux de votre voiture, va vieillir. On ne peut le changer, il faut donc le préserver : Pas de surcharge, attention aux kilos superflus, pas de charge sur les épaules en course à pied.
Si vous voulez vous lester, utiliser des poids de ceinture situés le plus bas possible. Bonne mobilité des courbures, mais vérification des équilibres et de la statique vertébrale.

Attention : en position debout, pour un individu d’un poids moyen de 70 kg, la charge sur le disque L5-S1 (situé entre la 5e lombaire et le sacrum) est de 16kg par cm2. Ces efforts augmentent de façon considérable dès qu’une surcharge est imposée au rachis. Lors de la flexion du tronc en avant, cette pression monte à 58 kg au cm2 et lors du redressement à 100 kg au cm2. La position du coureur son type de foulée vont donc avoir une importance primordiale dans les capacités que va avoir le disque à amortir les chocs, ainsi que sur les contraintes qui vont s’y exercer.
Attention donc en montée à ne pas trop casser le buste en avant.

Hanche, genou et cheville ont un rôle d’absorption de l’impact

Dernier des amortisseurs du coureur et non des moindres : ses membres inférieurs. A la fois moteur, ils ont aussi pour fonction la réception à chaque foulée. La hanche, le genou, la cheville vont donc avoir un rôle d’absorption de l’impact.

Leur bonne mobilité est donc indispensable. Combien d’entre nous ont un jour couru avec une gêne, une petite douleur à une cheville, un genou et se sont retrouvés ensuite avec une douleur lombaire et mal au dos. Ces douleurs résultent du déséquilibre, de l’asymétrie qu’engendre une limitation articulaire.
Celle-ci est le plus souvent compensée, obligeant la colonne à modifier son équilibre, augmentant ainsi les contraintes du disque.

L’inventaire des amortisseurs du coureur serait bien sûr incomplet si l’on ne citait le pied et ses voûtes plantaires, ainsi que les chaussures. Les voûtes plantaires transversales et longitudinales forment un ensemble architectural associant os, muscles et ligaments, permettant souplesse et élasticité. Le pied peut ainsi s’ adapter aux inégalités de terrain et transmettre au sol les efforts et le poids du corps dans les meilleures conditions mécaniques. Son rôle d’amortisseur est indispensable à la souplesse de la course, même si peu d’entre nous courent pieds nus. Car même dans une chaussure si bien conçue soit-elle, les voûtes du pied, bien que soutenues, jouent un rôle important. En cas de troubles de ces courbures (pieds plats ou creux), les inconvénients engendrés sont bien sûr majorés chez le coureur qui sollicite davantage ses amortisseurs que le sédentaire.

Des semelles correctrices peuvent alors devenir indispensables. Les chaussures, seul élément que l’on puisse changer parmi nos amortisseurs, doivent faire l’objet d’un choix et de soins attentifs. Une bonne chaussure vieillit relativement vite. Il vaut mieux acheter moins haut de gamme et renouveler plus souvent son matériel.



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